Le char Leclerc menacé, les salariés se mobilisent
PLUS DE 3 000 salariés de Giat Industries devraient manifester aujourd'hui, et pour huit jours, devant la porte de leurs établissements à Roanne, Tarbes, Bourges et Toulouse. La direction des Arsenaux de l'armée de terre a en effet annoncé, mercredi dernier, une mise en chômage partiel de 8 jours en février, 7 en mars et 2 en avril, à la suite de la suspension de toutes les livraisons du Leclerc aux Emirats arabes unis (EAU) et de la réduction de la production de ceux destinés à l'armée de terre française.
Raisons officielles invoquées par Giat : « une divergence » sur le contrat avec les EAU et « des livraisons trop en avance » pour le planning de l'armée. Des explications qui cachent mal la véritable catastrophe commerciale du char « le plus révolutionnaire » de ce début de millénaire, « seul blindé au monde capable de tirer des obus en roulant à plus de 60 km/h sur les terrains les plus accidentés ». Restrictions budgétaires En 1993, l'accord avait été qualifié de « contrat du siècle » : les Emirats arabes unis (EAU) venaient de commander 482 Leclerc, grâce au savoir-faire de Pierre Joxe, alors ministre de la Défense. Ce contrat de 21 milliards de francs (3,2 milliards d'euros), dont 30 % payés cash, s'est révélé être un gouffre financier pour Giat dès 1995. Plus de 7 milliards de francs (1,1 milliard d'euros) de pertes ont été accumulés : absence de garantie sur les taux de change du dollar, commissions scandaleuses aux intermédiaires dont l'un est également mis en cause dans l'affaire Elf et, cerise amère sur le gâteau, une clause invraisemblable de « remise à niveau permanente des matériels ».
Un service après-vente illimité, entièrement à la charge de Giat, qui explique qu'au bout du 380 e Leclerc livré aux EAU l'industriel ait mis les pouces, cette prestation privilégiée lui ayant coûté près de 2 milliards de francs (0,2 milliard d'euros) sur le chiffre d'affaires 2000. Quant à l'armée de terre française, qui avait commandé 1 400 chars à la fin des années quatre-vingt, ses ambitions restrictions budgétaires obligent sont retombées à... 354 blindés. Car le budget d'équipement des armées, en baisse de 20 % dans la loi de programmation 1997-2002, ne suit plus, obligeant Giat à réduire de moitié la production des Leclerc EMAT pour le 1 e r trimestre 2001. Pis ! L'un des rares contrats d'exportation envisagé encore récemment avec la Turquie, d'un millier de chars, dont 250 Leclerc, s'est retrouvé réduit à néant, en guise de représailles, après la reconnaissance par l'Assemblée nationale du génocide arménien. Bref, la poursuite de la construction des Leclerc est aujourd'hui clairement menacée.
Recevant une délégation des responsables syndicaux de Giat Industries, jeudi dernier, le ministre de la Défense, Alain Richard, ne l'a d'ailleurs pas caché : après avoir fait le point sur l'état des contrats signés, mais suspendus, et sur ceux espérés (Grèce, Arabie saoudite), mais sans calendrier définitif, il a conclu : « Si aucun nouveau contrat n'est signé en 2001 pour le Leclerc, il faudra revoir à la hausse le nombre des suppressions d'emplois. » La messe est presque dite...
Sources: Le parisien (février 2001)
